Peinture automobile

La belle peinture noire.

La peinture en carrosserieHenry Ford avait le sens de la répartie. Au lancement de sa célèbre Ford T à la fin des années 1900, il assurait aux journalistes que « le client pouvait demander la couleur qu’il voulait…pourvu qu’elle soit noire ».

Son sens de l’humour s’accompagnait en fait d’un génie des affaires puisque sa « tin Lizzy » (un des surnoms affectifs donnés à l’auto par la middle class) s’écoula jusqu’en 1927 atteignant 15 millions d’exemplaires.

La production de cette auto, révolutionnaire en son temps, suivait fidèlement les préceptes du taylorisme : une organisation scientifique du travail afin d’obtenir une rationalisation des coûts. Henri Ford, visionnaire, sut compléter l’approche novatrice de Taylor en imaginant la première chaîne de montage pour produire la Ford T.

Il est à noter que le choix par Ford de cette couleur noire n’est pas anodin. Le pouvoir de la peinture noire est très couvrant comme fond de teinte. De plus, une peinture noire, basique constituée de pigments naturels, était moins chère à l’achat.

Nota bene: les puristes ergoteront là en avançant que des Ford T furent produites sous licence (notamment en Australie) avec d’autres coloris. Sans vouloir polémiquer, il convient d’affirmer que ces Ford T colorées connurent une diffusion plutôt restreinte.

Une technique de mise en peinture novatrice

La mise en peinture noire de la Ford T, voiture immortalisée par les films comiques muets avec Stan Laurel et Oliver Hardy au sommet de leur art, étaient confiée dans le « paint department » à des ouvriers qualifiés. Dès les années 20, la peinture était projetée sous pression (air comprimé) et appliquée méthodiquement grâce à l’invention du pistolet à peinture (1907). Le « tour de main » des ouvriers qualifiés permettait d’éviter les coulures de la peinture projetée (à base cellulosique). Le temps de séchage laissait le temps au solvant de s’évaporer et autorisait le durcissement de la couche de peinture.
Bien entendu, à Detroit durant ces années d’avant guerre, la mise ne peinture n’était pas du tout automatisée car la séquence apparaissait trop complexe à réaliser via des machines-outils. Notons aussi que L’hygiène-sécurité du travail et ses comités sociaux (CHST) ainsi que la protection environnementale n’étaient pas à l’ordre du jour.

Une peinture auto de plus en plus élaborée

Poursuivant sa forte croissance malgré deux guerres mondiales, la production automobile connut une croissance exponentielle en Europe comme aux Etats-Unis lors des « Trente Glorieuses ». Le besoin compréhensible de consommer et de s’émanciper, via une automobile accessible au plus grand nombre, explique l’apparition et le succès de multiples modèles conçus par des marques aux fortes ambitions.
En France, la Régie Renault, Simca, Peugeot, Citroën, Panhard multipliaient les modèles et les diffusaient à des centaines de milliers d’exemplaires par an. Dès les années 60, le choix de la peinture des véhicules était aussi devenu un argument de vente non négligé par les industriels.
L’apparition de teintes inédites comme les « peintures métallisées » haut de gamme connut un engouement immédiat auprès du public. Quelques firmes comme Simca avec sa « Chambord » et son Aronde « Monaco » firent aussi appel aux peintures bi-ton. En fait ce mariage esthétique de deux coloris (pavillon de toit/reste de la carrosserie) n’était pas une innovation. Certains constructeurs de bolides de luxe des années trente, comme Bugatti avec sa Type 55, avaient déjà imaginé le concept. L’habileté de Simca fut donc de re-créer des séries dites « de prestige » qui connurent d’emblée un beau succès commercial.
L’évolution technologique permit dès la fin des années 60 de limiter la mise en peinture manuelle aux seuls phases délicates. Le gros du travail était désormais assuré par les machines et les bains de peinture. De manière connexe, l’évolution de laques synthétiques de plus en plus sophistiquées ne cessa pas de progresser (génération acrylique notamment).

Les autos et les peintures modernes

Les années 80-90 furent propices à la production automobile malgré la disparition de certaines marques nationales qui ne pouvaient plus rivaliser avec les Majors. Durant ces deux décennies la technologie de la robotique informatisée pour la mise en peinture des véhicules ne cessa de s’améliorer. De même, la qualité des laques suivaient le progrès technologique, apportant plus de tenue, de brillant et de résistance aux UV et aux griffures (génération de laques polyuréthane puis hydrodiluables). A noter toutefois durant ce laps de temps une belle innovation par la production en grande série de la peinture auto dite « nacrée » (utilisation de fer micacé). Cette peinture est désormais présentes dans tous les catalogues des constructeurs.

Les dernières tendances de la mode auto…

Forces est de constater que la demande automobile s’est essoufflée depuis la crise de 2008. En sus des traditionnels constructeurs asiatiques comme ceux du Japon, de nouveaux constructeurs asiatiques ( Hyundai, Kia) grignotent des parts de marché aux Etats-Unis comme sur le vieux continent.
Les constructeurs nationaux doivent donc faire preuve d’imagination pour vendre leurs modèles (technologie d’aide à la conduite innovante notamment). Cette recherche d’originalité se retrouve aussi par la réapparition d’offres de modèles avec peinture bi-ton (Lancia Ypselon, Mini, Citroën etc …). La mode des séries « limitées » permet de proposer des modèles originaux aux coloris vifs. A contrario, certains constructeurs comme Citroën propose sa DS3 avec un coloris « noir mat » inconnu jusqu’à maintenant.
La série limitée et l’aspect esthétique de la laque mate (faisant référence à l’aéronautique militaire-type bombardier furtif) lui a valu un succès immédiat.